CONFERENCES

Vendredi 14 juin 2019

ONL à 18h30

« L’orgue : mode d’emploi »

Conférence donnée par Claire Delamarche

Invitation
Formée au Conservatoire à rayonnement régional de Lyon, à l’École normale de musique de Paris et au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (premier prix d’histoire de la musique en 1986), tout en suivant des études universitaires de musicologie, de hongrois et de linguistique, Claire Delamarche a travaillé pour Le Monde de la Musique avant d’entrer à l’Auditorium-Orchestre national de Lyon, où elle est aujourd’hui musicologue et conservatrice de l’orgue.
Compte rendu

Inscription conférence "L'orgue mode d'emploi" 14 juin 2019

Paiement par virement

IBAN : FR7610278073290002058450126

BIC :  CMCIFR2A 

 

Paiement en ligne

Réservation repas Conférence "L'orgue mode d'emploi"
Invitation

La Société Philharmonique de Lyon est heureuse de vous convier à la prochaine conférence à l’Auditorium mardi 14 mai prochain, à 18h30 à l’Auditorium de Lyon
« Autour du cor, rencontre avec Guillaume Tétu et Jane Lise Meunier.

Guillaume Tétu, corniste solo de l’Auditorium de Lyon

Jane Lise Meunier, musicologue

 

Compte rendu

Chaque année, la Société Philarmonique de Lyon propose dans sa série de conférences la découverte d’un instrument. Après la clarinette , ce fût mardi dernier la présentation du cor d’harmonie.

 Le cor,  étymologiquement  « corne »,  est bien connu de tous mais en connaître les subtilités et la complexité a été une passionnante découverte pour l’auditoire présent.

Guillaume Tétu, 1er cor solo à l’ONL et Grégory Sarrazin, second cor grave de l’orchestre ont présenté et animé avec de multiples exemples musicaux cette conférence, aidés par Jane-Lise Meunier, musicologue, qui animait les débats de la soirée.

 Après un petit extrait musical d’un duo d’Otto Nicolaï, Guillaume a développé de façon chronologique l’évolution de l’instrument à travers les âges avec tous les progrès techniques qui ont conduit  le cor sous sa forme actuelle.

En partant de l’image succincte du tuyau d’arrosage auquel on ajoute une embouchure, nous découvrons les premiers sons sur un petit cor en mi bémol, (simple tuyau enroulé pour qu’il tienne moins de place), sons uniquement harmoniques produits avec différentes positions de lèvres. On ne pouvait alors pas jouer toutes les notes de la gamme.

C’est  à l’époque de Lully, Bach et Haendel que Le cor fit son apparition dans un orchestre. Il fallait alors deux instrumentistes, l’un pour les notes graves et l’autre pour les notes aigües. Démonstration par nos deux amis dans un extrait du 1er concerto brandebourgeois de J.S. Bach.

C’est vers 1750 qu’apparaîtra le « cor d’invention ». Un corniste et luthier, Hampel, a eu l’idée de modifier la longueur du tube en ajoutant ce qu’on appelle des « tons »  qui permettront aux cornistes de jouer dans différentes tonalités et avec plus de notes pendant le même morceau. Mozart en fît une large utilisation dans ses symphonies et ses concerti.

Une autre technique de jeu consistera à baisser l’instrument qui se jouait de façon haute (façon cor de chasse) en le rapprochant du corps. Le corniste peut ainsi changer la position de la main dans le pavillon et ainsi modifier la hauteur des notes.  Le chromatisme est né. Giovanni Punto, inventeur et corniste tchèque présenta à Beethoven ces nouvelles techniques.  Séduit, le compositeur écrira une sonate pour cor et piano, une des premières du genre.

Viendra ensuite la découverte du piston par le luthier Stölzel qui permettra encore plus de possibilités techniques. Ce sera la naissance du cor viennois dont le principe est de nos jours encore utilisé, sous une forme modernisée bien sûr, à l’Orchestre Philarmonique de Vienne.

Le cor entre ainsi de plain-pied dans l’univers romantique des symphonies de Brahms et Schumann. Le pupitre de cors des orchestres évoluera alors en passant de deux à quatre musiciens, deux cors aigus et deux cors graves.

 Le cor moderne date vraiment de la fin de la période romantique avec des compositeurs tels Wagner et Strauss. Wagner participera même à l’élaboration d’un nouvel instrument, le tuben, cor avec un pavillon en hauteur et qui permet des sons un peu plus doux. Brückner a beaucoup utilisé cet instrument pour sa couleur dans ses symphonies. Le tuben demande une préparation spéciale et son utilisation, aux dires de Guillaume reste toujours un peu hasardeuse.

 Après cette présentation très intéressante et exhaustive de leur instrument, nos deux amis se sont transformés en professeurs et ont pu faire essayer à l’assistance des embouchures et ainsi montrer comment produire un son avec les lèvres. Résultats plus ou moins concluants selon les personnes, mais peut-être aurons-nous à la suite de ces essais de futures vocations de cornistes.

 Un grand merci à Jane-Lise, Guillaume et Grégory pour cette très belle présentation et leurs prestations instrumentales, épreuve qui reste toujours un exercice périlleux.

Lundi 6 mai 2019

Société de Lecture de Lyon à 15h, 39 bis rue de Marseille

« L’effervescence artistique à Lyon dans la première moitié du XXème siècle »

Conférence donnée par Michel Loude

En partenariat avec le Mozarteum de France

Invitation

Comment Madame Grignon-Faintrenie, femme passionnée par la musique, a su faire venir, à Lyon, des sommités du monde musical : concertistes, compositeurs ou danseurs ? Il sera évoqué la venue de Ravel, de Samson François, de Wilhelm Kempff, et bien d’autres encore… Le concert «  de résistance » avec Paul Paret en 1943, …

Il sera aussi évoqué le nom du critique Léon Vallas ; des Petits Concerts organisés par son épouse ; de l’organiste Edouard Commette ; l’enregistrement d’orgue, à la cathédrale St Jean, sur disque de cire pour le compte d’une société américaine ; du Conservatoire avec Ennemond Trillat ; de l’Association des Frères des 4ème, fondée par Edmond Locard, un ami très proche et très influent de Madame Grignon-Faintrenie. …

Marcel Péhu

Pour Marcel Péhu, (vie et œuvres) : on pourra écouter des enregistrements de ses compositions pour piano par Elisabeth Rigollet ; quelques morceaux d’orgue enregistrés à St. François par Jean-François Maupetit, et par Marcel Péhu lui-même.

Peuvent être considérés aussi comme divertissements musicaux pour le grand public : les bals, fêtes de quartier, le Palais d’Hiver et son fabuleux patron : M. Lamour !!!

Compte rendu

Mardi 9 avril 2019

ONL à 18h30

« Bach : Passion selon Saint Matthieu »

Conférence de Arnaud Brovillé

Repas après la conférence sous réservation

Invitation

« La mise en musique de la passion selon Saint Matthieu par Bach est un chef d’œuvre d’une inépuisable richesse. Des chorals aux récitatifs, de l’introduction monumentale aux courts ariosos, des airs solistes aux invectives de la foule, tout y est remarquable. Cette conférence propose de visiter ce monument de l’histoire de la musique en s’appuyant sur la manière dont les fidèles de l’époque pouvaient recevoir cette musique. »

Arnaud Brovillé intègre le service des publics de l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne puis l’Auditorium-Orchestre national de Lyon où il développe et pilote de nombreux projets d’actions culturelles et de concerts jeune public.
Il anime régulièrement des conférences, notamment sur la musique baroque ou les relations entre peinture et musique et donne des cours de pratique de la médiation musicale à l’Université Lyon II.
Il est co-auteur d’un ouvrage sur la musique destiné à la jeunesse et a assuré les recherches iconographiques d’un ouvrage sur l’histoire de l’Orchestre national de Lyon.
Également spécialiste de l’histoire du quartier de la Part-Dieu, il travaille depuis quelques années sur l’histoire ancienne de la rive gauche de Lyon.

Compte rendu

La Semaine Sainte s’ouvre dans quelques jours et l’Auditorium offre simultanément aux Lyonnais l’opportunité d’entendre la Passion selon Saint Matthieu de J.S. Bach, interprétée par le Chœur de Chambre de Namur et ses solistes dont la réputation n’est plus à faire.

Arnaud Brovillé, médiateur culturel au sein de L’ONL, profondément  habité par son sujet, en pédagogue passionné et musicien éclairé nous propose la découverte de ce chef d’œuvre, véritable « monument » dans l’Histoire de la Musique. Nous sommes invités à y pénétrer, écouter, admirer et nous laisser saisir par l’émotion, comme on le serait devant chaque détail des vitraux d’une cathédrale !

Depuis la Réforme on lisait la Passion chaque dimanche des Rameaux en langue vernaculaire. De forme très dépouillée au départ, elle évoluera lentement vers un style polyphonique. La Passion selon Saint Matthieu de J.S.Bach a probablement été entendue pour la première fois le vendredi saint de l’année 1727 : deux orchestres, un double chœur et des solistes occupent les deux tribunes de l’église Saint Thomas de Leipzig. Pour donner au récit  de l’évangéliste toute la dimension dramatique et pathétique de la Crucifixion J. S. Bach ne s’interdit pas une certaine théâtralité et emprunte beaucoup d’éléments du style opératique : récitatifs, ariosos, arias et chœurs. L’œuvre dont l’exécution dure près de 2 heures 45 pourrait s’écouter comme un Opéra mais, sans mise en scène ni jeu d’acteur, elle rejoint le genre Oratorio. Depuis le traité de Westphalie, la tension entre  les états catholiques et protestants s’estompent et Bach, profondément croyant, réalise une fusion des différents styles musicaux européens au nom d’une seule identité : celle d’un monde chrétien. A Leipzig tout le peuple est croyant et la religion fait partie du quotidien. Le plan de La Passion selon Saint Matthieu est de l’invention même de Bach. Bach s’appuie sur le récit biblique intégral en langue allemande (récitatifs et ariosos de type narratif  et dynamique) et y insère des commentaires sous forme  d’arias, composés sur des textes de son ami poète Picander ou de chorals choisis dans le répertoire de la tradition luthérienne et harmonisés par lui-même. En cette fin d’époque baroque, la musique est toujours au service du verbe et il y a délibérément chez Bach un sens du drame et une volonté pédagogique. Il lui importe d’amplifier le sentiment exprimé par les paroles, il cherche les contrastes, les oppositions, s’attache à faire ressentir les différents affects pour solliciter la piété  et inviter les fidèles à la méditation, la réflexion et la prière. De nombreux extraits proposés par notre conférencier nous éclairent sur la subtilité du traitement musical  mis au service de l’expression des sentiments : tonalités,  accords (usage significatif de la septième diminuée), rôles différenciés des orchestres, choix délibéré et symbolique des tessitures attribuées à chacun des protagonistes, rôle spécifique d’accompagnement confié aux instruments ( continuo, cordes, flûtes, violon solo) interventions différenciées des  chœurs  et des solistes parmi les chœurs. Chaque détail harmonique, rythmique  est au service d’une véritable signification : les larmes de Saint Pierre nous touchent, les railleries de la foule (turba) nous agressent, la désolation du Christ nous saisit. C’est aussi parce que les spécificités de la langue allemande se prêtent admirablement au chant. La partition est bouleversante d’humanité.

La Passion de Saint Matthieu de J.S Bach est une œuvre de génie : Bach nous délivre un message universel d’espérance. Et s’il fallait encore nous en convaincre : trois initiales apposées au bas de chacune de ses partitions  S.D.G. Soli Deo Gloria ! A Dieu seul la Gloire !

Mardi 5 mars 2019

ONL à 18h30

« Les Inspirations de Berlioz »

Conférence sur Hector Berlioz donnée par Bruno Messina

En partenariat avec le Cercle Wagner de Lyon

Invitation

Le 150ème anniversaire de la mort d’Hector Berlioz aura lieu le 8 mars 2019 et dans le cadre des « Commémorations nationales du Ministère de la Culture », le Cercle Richard Wagner-Lyon et la Société Philharmonique de Lyon ont tenu à rendre hommage au grand compositeur français.

De dix ans son aîné, Berlioz est au romantisme français ce que Wagner est au drame germanique. Même si leurs carrières et leurs choix esthétiques diffèrent, les deux hommes sont les fils spirituels de Beethoven et contempteurs de la musique industrielle qui triomphe dans l’Europe bourgeoise du XIXème siècle. Les deux artistes, se heurtant aux incompréhensions de leurs contemporains, sont aussi deux rivaux qui se jaugent et se confrontent.

Les manifestations que nous vous proposons permettront de retracer l’histoire des relations parfois électriques et ambivalentes de ces deux géants de la musique.

Programme complet

Compte rendu

Le 5 mars dernier Bruno Messina, directeur du Festival Berlioz de la Côte Saint-André, berliozien passionné et passionnant, invité de la Société Philharmonique, s’était proposé de dresser un portrait « en pied » de son héros, et d’en décoder les sources d’inspiration. Il l’a si bien fait que ce n’est pas un simple portrait que le public tenu sous le charme a contemplé, mais une sorte d’hologramme virevoltant traversant les deux premiers tiers du XIXème siècle, tout à fait à l’image de ce fou de musique que son époque, et même sa postérité, n’ont su ni bien saisir, ni bien comprendre. « Berlioz ne se découpe pas » dit Bruno Messina dans le remarquable essai qu’il lui consacre chez Acte Sud. Aussi en un peu moins de deux heures a-t-il cherché à résoudre l’énigme que représentent cent cinquante ans après son décès, les incompréhensions et même le mépris qui frappe encore dans son pays surtout, un génie créateur de cette envergure. Gageure assurée ! Mais la réaction immédiate des auditeurs, très chaleureuse, a témoigné que de sérieux progrès étaient en cours !…

Bruno Messina cherche, et trouve, les origines de l’artiste dans le cadre familial et naturel dauphinois de l’enfant puis de l’adolescent et dans son éducation littéraire et classique. Rien n’est plus justifié que cette approche, qui sans être absolument originale, est sans doute plus systématique et plus approfondie que celle de ses prédécesseurs sur le même terrain. Elle attire l’attention sur le paradoxe Berlioz, père de l’orchestration moderne, dont le propre métier de compositeur (et de chef d’orchestre) s’est forgé en dehors de tout parcours académique. Le mot autodidacte n’est pas prononcé, mais il conviendrait à bien des égards. Il en est pratiquement de même pour l’écrivain Berlioz, essayiste et critique, l’une des plumes les plus brillantes… et les plus redoutées de son temps. Elle n’a rien ajouté à la sympathie des faiseurs d’opinion de son époque. Est-ce son souvenir des études de médecine entreprises pour faire plaisir à son « cher papa », et bien vite abandonnées, qui lui souffle ce jugement sur ses collègues : « Les critiques pensent avec leur estomac [qui leur inspire] d’incroyables apparences d’idées sur les choses de l’art » ? Et comme Wagner, il écrira les livrets de ses opéras, probablement parce que l’extrême originalité de sa veine mélodique s’accommodait mal des formes convenues des librettistes. La nature, les traditions populaires, les chocs esthétiques fulgurants à la découverte de Virgile, Shakespeare, Gluck… et les amours, toujours chaotiques, toujours impossibles, toujours contrariées parce que rêvées plus que vécues… voilà où il faut chercher les clés d’un œuvre à qui la postérité ne voudra pas toujours reconnaître son dû.

Conférence empathique, riche et vivante. Même si l’on doit regretter l’absence d’illustrations sonores venant à l’appui de la fougue du conférencier. Car chacun de ses auditeurs n’a pas de facto la connaissance intime des œuvres qui lui permettrait de relier immédiatement telle allusion à telle œuvre, ou plus précisément encore, à tel passage précis d’une œuvre. Si très subtilement Bruno Messina relie l’omniprésence de la nature dans tout l’œuvre du compositeur à son enfance dauphinoise, un coup d’oreille à Harold, à La Damnation, ou encore à la seconde partie des Troyens… aurait sans doute ajouté à la persuasion. Même regret lorsqu’il s’est agi d’évoquer l’inépuisable inventivité rythmique de Berlioz, absolument inédite au début XIXème siècle, dont les premiers auditeurs de la fantastique 1830 furent si fort étonnés. Difficile surtout de défendre le génie de l’orchestrateur et son immense descendance, sans le secours d’exemples vivants. C’est dommage, car Bruno Messina a pris le risque d’être moins compris lorsque qu’à juste titre il veut casser l’image qu’on a voulu donner d’un Berlioz pompeux, voire pompier, amoureux des fracas énormes et des foules. Les démentis auraient pu venir de la verve de Benvenuto Celini ou de la poésie amoureuse de Roméo et Juliette

Mais ces réserves faites ce qu’on leur retiendra du propos de Bruno Messina, c’est le charme et la spontanéité que permettent la fréquentation d’une puissance créative hors du commun et l’analyse approfondie de ces ressorts. Bonne chance à Bruno Messina et à son ambition de faire entrer Berlioz au Panthéon !

Livre Hector Berlioz

HECTOR BERLIOZ 1869-2019 : 150 ans de passions vient de paraître aux éditions Aedam Musicae, dans la collection « Musiques – XIX-XXème siècles » sous la direction de notre membre Emmanuel Reibel et d’Alban Ramaut, grand spécialiste de Berlioz.

Cet ouvrage collectif, introduit par John Eliot Gardiner (avant-propos) et Bruno Messina (préface), propose de nombreuses communications des meilleurs spécialistes internationaux permettant de comprendre comment le compositeur qui n’a jamais réussi à imposer son art avec la force de l’évidence de son vivant, est devenu malgré tout une figure patrimoniale, dans la France de la IIIe République. Il aborde aussi les diverses façons dont on a interprété, entendu, commenté, aimé ou détesté Berlioz depuis 150 ans.

L’ouvrage est disponible chez notre partenaire la librairie Musicalame ou directement sur le site internet de l’éditeur

http://www.musicae.fr/livre-HECTOR-BERLIOZ-1869-2019–150-ans-de-passions–de-Emmanuel-Reibel–Alban-Ramaut-215-197,198.html

2018

Mardi 9 octobre 2018

Conférence Richard Wagner et le leitmotiv de Yaël Hêche

Goethe-Institut à 19h00

Accompagnement au piano d’Olivier Gleizer: « Wagner et les leitmotive »

En partenariat avec le Cercle Wagner de Lyon

Invitation

Conférence co-produite avec la Société Philharmonique de Lyon :
« Richard Wagner et le leitmotiv » par Yaël Hêche. Accompagnement au piano d’Olivier Gleizer.

Le terme « Leitmotiv » est indissociable de Richard Wagner… qui pourtant ne l’appréciait pas. Qu’ils évoquent un personnage, un objet, un élément ou encore un sentiment, les leitmotivs donnent à chaque opéra du maître son profil sonore bien particulier. Beaucoup plus qu’un simple réseau de réminiscences thématiques, ils sont au cœur même du langage musical wagnérien. Le pianiste Olivier Gleizer, membre du Cercle Richard Wagner-Lyon et le musicologue Yäel Hêche nous retraceront les origines du leitmotiv, son rôle et son développement tout au long de la carrière de Wagner, pour ainsi mieux comprendre un aspect essentiel de cette musique.

Yaël Hêche, musicologue suisse, est l’auteur du livre Richard Wagner et ses modèles français. Opéra-comique et tragédie lyrique sur le chemin du drame musical (2010). Il a collaboré au Dictionnaire encyclopédique Wagner (Actes Sud, 2010). Conférencier et auteur de nombreux articles pour des programmes de concerts et d’opéras ainsi que dans des revues musicales, il réunit aujourd’hui ses activités sous l’enseigne www.communiquerlamusique.ch. Il a été l’invité du Cercle Richard Wagner – Lyon à deux reprises, en 2015 (« Wagner et Meyerbeer »), puis en 2016 pour une conférence musicale « Autour de Wagner et Halévy »

Conférence au Goethe Institut le mardi 9 octobre à 19 heures. Arrivée conseillée vers 18h30.

Compte rendu

Voilà bien une soirée hors du commun que cette très experte conférence co-produite par le Cercle Richard Wagner de Lyon et la Société Philharmonique de Lyon dans l’écrin, parfaitement adapté pour l’occasion, du Goethe Institut. Au micro, le musicologue Yaël Hêche et, au piano, Olivier Gleizer pour illustrer son propos.

Pour Yaël Hêche, le leitmotiv qui qualifie en quelque sorte une réminiscence musicale thématique, n’est pas une spécificité wagnérienne, cette sémantique aurait déjà été utilisée pour certaines des œuvres de Liszt ou de Weber. Mais c’est l’homme de lettres, ami de Wagner, Hanz von Wolzogen qui va en quelque sorte consacrer ce terme et l’associer de manière indélébile à l’œuvre du Maître. Il publiera d’ailleurs de véritables catalogues des leitmotive (notamment pour la tétralogie puis pour Tristan et Parsifal, etc.).

Wagner, quant à lui, demeure un peu critique quant à ce travail de son ami Wolzogen, lui reprochant de ne voir dans le leitmotiv qu’une signification dramatique alors qu’il participe très activement à la construction musicale de son oeuvre.

En effet, Yaël Hêche va patiemment nous démontrer que les leitmotive n’ont pas la même acception en quelque sorte et le même dessein pour les premiers opéras que pour les derniers et, qu’au fur et à mesure, ils seront au cœur du langage musical de Wagner. Il est vrai que la conception qu’avait le compositeur du drame musical a fortement évolué au cours de sa vie.

Ainsi, dans les tout premiers opéras, comme Le Vaisseau Fantôme, le leitmotiv est davantage évocateur d’un personnage (thème du Hollandais, thème des matelots) ou d’un élément physique ou mental, on pourrait presque le qualifier d’accessoire de théâtre.

Déjà dans Lohengrin, le concept du ‟réseau thématique” prend corps avec par exemple les 4 thèmes (motif du malheur, motif d’Ortrud, motif de l’interdiction, motif d’Elsa), qui vont constituer à eux seuls toute la matière musicale du prélude du 2ème acte. Par ailleurs, notre attention est attirée par le conférencier sur le fait que les réseaux thématiques qui s’assemblent, se séparent et se recombinent avec une nouvelle organisation à chaque fois, ramènent bien à une conception symphonique du discours musical de Wagner, objectif bien visé par ce dernier.

Yaël Hêche saisit aussi l’illustration du prélude du 2ème acte de Lohengrin pour évoquer le fait de la cohabitation de leitmotive de pressentiment (non encore exposés) qui nourrissent en quelque sorte la ‟mélodie absolue” de l’orchestre et de leitmotive de réminiscence (on sait ce qu’ils signifient car on les a déjà entendus).

Ainsi, au fil de la création musicale du compositeur, de simple accessoire de théâtre, le leitmotiv devient le matériau de son discours musical. Le leitmotiv permet ainsi à l’orchestre de participer pleinement au drame musical (à plus forte raison encore dans la situation où il apparaît d’abord dans la bouche d’un chanteur puis est repris par l’orchestre) et l’on pourrait dire que, sous cet angle, le leitmotiv est au service du concept d’art total du Maître de Bayreuth !

Mardi 20 novembre 2018

ONL 18h30

Conférence de Roger Thoumieux

« Impressionnisme et modernité : Debussy virtuose de l’orchestre »

Commémoration des 100 ans de la disparition de Claude Debussy

Invitation

Le centenaire de la mort de Debussy est l’occasion d’évoquer sa carrière qui dépasse le tournant du 20ème siècle pour se terminer à la fin de la Grande Guerre en 1918.
La présente conférence sera centrée sur les pièces maîtresses de la musique symphonique destinée au concert, excluant donc Pelléas et Mélisande et les œuvres lyriques, ainsi que la musique de ballet à une exception près et les orchestrations d’œuvres instrumentales. Comme Rameau, Berlioz ou Stravinski, on peut dire que Debussy accorde une importance particulière au son et qu’il est un des « inventeurs » de l’instrument-orchestre.
Il a déclaré son manque d’inclination pour les structures symphoniques basées sur la forme sonate, pratiquée encore par César Franck et ses disciples qui y ajoutent le principe cyclique, c’est-à-dire le retour d’un thème au travers de l’œuvre.
Et cependant, il ne les ignore pas, mais en les adaptant à la nature de son génie. Trois de ses œuvres orchestrales sont des symphonies au sens large, avec même des thèmes cycliques qui reviennent au cours des mouvements.
Sa musique suit toujours un plan tonal nettement marqué, même si le pôle ne s’en affirme pas dès le début.
Il lui arrive de recourir à des effectifs nombreux, mais il ne recherche pas les sonorités de masse ni les effets bruyants à de rares exceptions près.
Il préfère la subtilité et l’impression d’espace par le dosage des timbres et des harmonies. À cet effet, il affectionne les cordes divisées, il fait un usage judicieux des bois et des cuivres, il utilise les percussions avec délicatesse.
À l’inverse de Schoenberg, qui balaye le système tonal vieux de trois siècles et fait école, il ne vise pas à créer de toutes pièces un système nouveau et il ne vise pas à susciter des disciples. Novateur, il l’est pourtant, particulièrement à l’orchestre, en libérant la musique du carcan des anciennes formes et de l’harmonie traditionnelle, en inventant une « chimie sonore » très personnelle, selon ses propres termes. Si Ravel en est le magicien, il est quant à lui le virtuose de l’orchestre.
Après des décennies de prééminence sérielle, certains jeunes créateurs d’aujourd’hui redécouvrent, à l’exemple de Debussy, que la musique est affaire d’objets sonores, d’évocation, de sensualité autant que de rigueur.

Programme de la conférence
Compte rendu

Ce mardi 20 novembre 2018, à l’Atrium de l’Auditorium, c’est devant un parterre fourni d’une soixantaine de mélomanes que notre conférencier Roger Thoumieux  nous a exposé avec brio, comment Achille-Claude Debussy, dont nous fêtons le centenaire de la mort cette année, a magnifié l’orchestre comme un instrument à part entière dont il fut un grand virtuose.

L’exposé parfaitement centré sur les pièces maitresses de la musique symphonique de Debussy, excluant les œuvres lyriques, dont Pelléas et les œuvres instrumentales, fut ramassé en un temps record d’une heure et demie, une vraie gageure ! L’accent fut d’emblée mis sur le côté novateur du Maître, à travers la rupture avec les structures symphoniques basées sur la forme sonate, héritées du XVIIIème siècle et l’absence habituelle de l’utilisation de thèmes récurrents au cours des mouvements de l’œuvre, tout en restant dans un système tonal. Musique moderne donc, souvent intime, toujours délicate, sans effets sonores de masse ni effets bruyants. Une musique sachant manier les couleurs et donnant l’impression d’espace grâce au dosage subtil des timbres et des harmonies à travers les cordes, les bois, les cuivres et de délicates percussions.

Ainsi, il venait spontanément à l’esprit des auditeurs le rapprochement de la palette sonore du musicien avec la palette de couleurs des nombreux peintres connus par Debussy à cette époque, français, américains, anglais ou japonais : Corot, Whistler, Turner ,Hokusai, sans oublier les influences littéraires de son temps, Verlaine notamment. Il n’est donc pas étonnant que notre orateur nous ait offert au cours de sa conférence une très belle iconographie avec plusieurs  œuvres des quatre grands peintres cités plus haut, dont bien sûr des peintures de vagues et de mer pour lui qui avait rêvé d’être marin ! Très indépendant, Claude Debussy ne créa pas vraiment d’école, mais il fut dit en conclusion que « certains jeunes créateurs d’aujourd’hui redécouvrent, à l’exemple de Debussy, l’inventeur d’une « chimie sonore « très personnelle, que la musique est affaire d’objets sonores, d’évocation, de sensualité autant que de rigueur ».

Très belle conférence et félicitations du public à Roger Thoumieux. Comme d’habitude, la conférence s’est conclue autour d’un dîner convivial en présence de l’orateur et d’une vingtaine de convives.

 
Tableaux de Turner

Mardi 11 décembre 2018

ONL à 18h30

« Haydn et la symphonie »

Conférence de Sophie Miczka

Invitation
Tout ce que vous avez voulu savoir sur la naissance de l’une des formes musicales les plus importantes du répertoire. Haydn, le « Père de la symphonie » ? Pas vraiment. Levons le voile sur cette forme musicale qui a pris ses racines à l’époque baroque au sein même de l’opéra, qui a trouvé son indépendance à l’époque classique à la cour de Mannheim avant de trouver ses lettres de noblesse grâce au génie de Haydn.
Compte rendu

Comme à son habitude, c’est avec beaucoup de fougue et de passion que Sophie Gaillot- Miczka nous a conté l’aventure de la symphonie à travers le XVIIIème siècle avec un titre énigmatique : « Haydn et la Symphonie ! »

Le XVIIIème, un siècle qui a vu cette forme musicale s’individualiser au sein de la musique purement vocale, l’opéra en Italie et de ce qui fut le genre prédominant au XVIIème, le Concerto. Dans ce siècle des Lumières, en 50 ans, un seul chiffre suffit à illustrer le développement de cette forme … « 15000 » soit le nombre de symphonies répertoriées durant cette période !!

En effet, la symphonie qui pourrait apparaître pour des néophytes, comme une forme musicale de tout temps, n’a cependant pas toujours existé. Si elle n’a pas d’acte de naissance à proprement parler, cette forme musicale qui fut un temps, musique de divertissement, musique de fond ou, comme l’aurait écrit Eric Satie, une « musique d’ameublement », cette symphonie naissante gagna, au fil des décennies, en profondeur, devenant ainsi un instrument en soi au même titre que la voix , émergence lente d’un véritable langage musical, libéré de la parole et capable d’exprimer à lui seul, toute une dramaturgie avec des sentiments et des impressions. La musique pouvait alors se suffire à elle-même. L’orchestre lui-même prit de l’ampleur. Initialement et essentiellement composé de cordes avec basse continue, il s’enrichit petit à petit de vents et de bois …

Autodirigé alors du bout d’un archet ou sous les doigts d’un claveciniste, il se dota, un peu plus tard, au début du XIXème siècle, d’un chef d’orchestre !

Nombreux furent donc les compositeurs qui permirent au cours de ce siècle l’évolution de la Symphonie, jusqu’à Haydn qui, s’il n’en fut pas le créateur, apporta à celle ci ses lettres de noblesse en fixant la forme (dite « Haydnienne ») qui classiquement comporte quatre mouvements. L’école la plus représentative des débuts de cette évolution est l’école de Mannheim qui développa à partir de la sonate dans sa forme classique ce qui devint la symphonie et parmi les musiciens  la famille Stamitz en fut la plus emblématique. Pour conclure ce survol de la Symphonie au XVIIIème siècle fut aussi cité François-Joseph Gossec (1734-1820) qui fut le père de la symphonie française et sut à travers de nombreux concerts publics faire connaître dés le début du siècle faire connaître les symphonies germaniques, puis les françaises.

C’est ainsi qu’avec notre conférencière et avec une riche écoute sonore, illustrée souvent de partitions dont certains manuscrits originaux, nous avons pu suivre les mouvements ascendants et descendants de portées de notes, mêlant harmonieusement, les sons, les rythmes et les timbres des nombreux instruments, avec aussi parfois des illustrations picturales, dont celles de Charles Lebrun. C’est ainsi donc que nous avons vécu l’Odyssée de la Symphonie en une heure et demi …

Etymologie quand tu nous tiens ! Syn (avec), Phôné (voix ou son), symphonie : consonance des sons, composition instrumentale par opposition à la musique vocale.

Sophie, quand tu nous tiens …tu nous fais un « joli pied de nez », Haydn et la Symphonie, tel fut le titre de notre conférence, avec à notre grande surprise, peu d’Haydn et beaucoup de symphonie !  Là s’arrête notre aventure, notre odyssée! A travers le siècle des Lumières. Merci  madame Gaillot-Miczka.

Peinture de Joseph Vernet

Infos pratiques

A l’issue de la conférence, repas convivial organisé

Pour réserver votre participation à une conférence ou le repas : contact@sophily.fr

Horaire : 18h30 – 20h00 sauf indication contraire

Lieu : site Atrium de l’auditorium de Lyon

Accès et parking