Mardi 2 Décembre 2025 – LA MUSIQUE POLONAISE DE MONIUSZKO À LUTOSLAWSKI, UNE CONFÉRENCE DE DIDIER VAN MOERE

AUDITORIUM MAURICE RAVEL –

Le mardi 2 décembre 2025 à 18h30 –

COMPTE-RENDU

La programmation 2025-2026 de l’ONL à l’Auditorium Maurice Ravel de Lyon prévoit plusieurs œuvres de compositeurs polonais, tant en concert symphonique qu’en musique de chambre, dont notamment le concerto n°2 pour violon de SZYMANOWSKI et le concerto pour orchestre de LUTOSLAWSKI. Aussi la conférence animée par Mr Didier van Moere sur la musique polonaise des 19 ème et 20 ème siècles arrive à point nommé pour nous éclairer sur cette musique qui, à l’exception de Frédéric CHOPIN, est souvent mal connue du grand public.

Notre conférencier nous rappelle, tout d’abord, le contexte géopolitique dans lequel se joue la vie musicale polonaise, dans un pays occupé pendant 123 ans par plusieurs nations, jusqu’en 1918. La Pologne voit notamment ses compositeurs naitre en étant sujets du tsar de Russie. Il en résulte un souci permanent de la préservation de l’identité polonaise dans la musique comme dans les arts en général, pouvant aller jusqu’à des affrontements comme l’insurrection de 1863 dirigée contre la colonisation russe. Le centre d’enseignement musical créé en 1861 à Varsovie ne prendra pas le nom de « Conservatoire » en raison de la création récente des conservatoires de Moscou et de St Pétersbourg ! La zone contrôlée par l’Autriche se révèle plus libre. En fait coexistent deux Pologne : une Pologne « ancienne » et une Pologne plus « occidentalisée » combattue par la Russie.
Didier Van Moere n’évoquera pas Chopin, qui, tout en composant sa riche musique pour piano, était un « formateur » de pianistes. Il se concentrera sur quelques compositeurs qui vont faire évoluer la création musicale polonaise au 19 ème siècle et surtout au 20 ème siècle.

Stanislas MONIUSZKO (1819-1872), né en Lituanie, peut être considéré comme le père de la musique polonaise. Il a surtout écrit pour la voix, notamment des opéras, dont « Straszny dwor » (le manoir hanté) en 1865, des messes et de nombreuses chansons. MONIUSZKO est un grand mélodiste et sa musique, pleine de couleur, est marquée par les airs de la paysannerie des monts Tatras. On retrouve dans ses compositions, les rythmes des danses montagnardes dont la célèbre mazurka.

Zygmunt NOSKOWSKI (1846-1909), né à Varsovie, élève de MONIUSZKO, appartient à la génération de Szymanowski. Il développera son style traditionnel dans des quatuors, des symphonies, des poèmes symphoniques (La Steppe), ainsi que dans les variations sur un prélude en La Majeur de Frédéric CHOPIN. Il sera aussi le professeur de plusieurs compositeurs du 20 ème siècle. En 1901, est créée à Varsovie, une salle de concert philharmonique avec un orchestre de 70 musiciens. Cette institution se révèlera très importante pour les compositeurs polonais et pour la découverte des œuvres de compositeurs étrangers.

Notre conférencier fait allusion à quelques interprètes polonais et en particulier à Ignacy Jan PADEREWSKI (1860-1941) considéré à l’époque comme le pianiste n°1 pour jouer CHOPIN. Il composera aussi plusieurs œuvres : opéras, concerts, fantaisie polonaise pour piano. Engagé politique, il devint président de la 1 ère République Polonaise en 1919, c’est lui qui signera le traité de Versailles pour la Pologne.

En ce début de 20 ème siècle, se forma un groupe de jeunes compositeurs, « La jeune
Pologne en musique » qui avait pour credo de liquider l’héritage de MONIUSZKO et de mettre du sang neuf dans la création musicale polonaise. Miecyslaw KARLOWICZ (1876-1909), élève de NOSKOWSKI, puis de URBAN à Berlin, a un rôle moteur dans ce mouvement.
En fait deux courants s’opposent : les partisans d’une souveraineté polonaise plutôt conservateurs, et les progressistes qui sont influencés par Richard STRAUSS et d’autres compositeurs étrangers. KARLOWICZ, lui, inspiré par Igor STRAVINSKY écrit des poèmes symphoniques. Nous écoutons un passage de l’un d’eux, dirigé par Grzegorz FITELBERG, chef d’orchestre qui jouera un rôle important dans la diffusion de la musique polonaise. KARLOWICZ, perdra la vie en 1909 dans une avalanche dans les monts Tatras qu’il affectionnait tant, et où il s’était installé.

Karol SZYMANOWSKI (1883-1937) dont nous écoutons « L’ouverture de concert » est également influencé par STRAUSS, mais il est aussi attaché à la tradition et il s’extrait de l’influence de STRAUSS avec l’intention de le dépasser. Il découvre les compositeurs étrangers de ce début de 20 ème siècle dont BARTOK et STRAVINSKY. On peut dire de SZYMANOWSKI qu’il est qu’il est un impressionniste, il domine l’orchestre (fugue « colossale » de sa 2 ème symphonie) et il attache beaucoup d’importance à la couleur. Il fera évoluer l’écriture pour le violon dans les aigus. En 1918, il s’inspirera des contes populaires montagnards et fera « rentrer » dans le 20 ème siècle la mazurka de CHOPIN ». Il écrira son célèbre « Stabat Mater » dans la langue polonaise et non en latin, pour le rendre plus vivant.
Il a aussi le sens du sacré. Son inspiration montagnarde sera toujours présente dans ce qui peut être considéré comme son testament : le concerto pour violon et orchestre.

Witold LUTOSLAWSKI (1913-1994) est aussi un compositeur qui possède une grande
virtuosité orchestrale. Son concerto pour orchestre (1954) avec ses thèmes populaires et une forme qui remonte à la période baroque, l’a fait connaître auprès du grand public. Il y développe dans le 3° mouvement une puissante passacaille. LUTOSLAWSKI, avant de découvrir Pierre BOULEZ et John CAGE a subi de nombreuses influences : BEETHOVEN, HAYDN, BRAHMS et même DEBUSSY et RAVEL pour l’orchestre. Il essayera aussi la composition dans le système dodécaphonique (« musique funèbre »), et surtout crée en 1957 à Varsovie la technique « d’aléatoire contrôlé » (avec restriction concernant l’harmonie). Ce seront les « jeux vénitiens ». Son concerto pour violoncelle écrit pour ROSTROPOVITCH confirmera son rayonnement dans le monde musical. Il s’intéressera aussi à la prosodie française dans ses trois poèmes d’Henri MICHAUX. Prudent, LUTOSLAWSKI ne s’intéressera jamais à la politique, contrairement à Krzysztof PENDERECKI, autre grand compositeur polonais (1933-2020) et, comme SZYMANOWSKI, continuera dans le modernisme, sans nostalgie du passé.

Didier van Moere, dans cette conférence, nous a brillamment instruit, à travers quelques compositeurs, sur cette musique polonaise de la 2 ème moitié du 19 ème siècle et de son évolution tout au long du 20 ème siècle, évolution au cours de laquelle ses nombreux compositeurs (dont certains peu connus) suivront les courants modernes, voire avant-gardistes en cours dans la musique occidentale – mais la plupart de ces compositeurs garderont leurs racines culturelles tout en puisant entre autres, dans leur terroir, l’originalité de ses chants populaires et la singularité de ses rythmes pour composer une musique toujours vivante.

Claude Genin

Le conférencier

Didier van Moere

Agrégé de lettres classiques, docteur en musicologie, Didier van Moere a enseigné les rapports entre la littérature et la musique à l’Université Stendhal de Grenoble comme maître de conférences. Auteur d’une monographie sur Karol Szymanowski (Fayard, 2008), il prépare actuellement une monographie sur Paderewski. Si l’essentiel de ses recherches porte sur la musique polonaise, il s’intéresse aussi tout particulièrement à l’opéra. En tant que critique, il collabore régulièrement avec la revue l’Avant-Scène Opéra, le magazine Diapason et le site www.concertonet.com  

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